:: Edité le 21 mars 2010 - Rider/Texte Bruno Garban - Photos Xavier Ferrand ::

A la recherche d’un trip exotique dans les pays de l’Est ? Pas pour trouver l’amour avec Tatiana (quoique) mais pour une destination ski, loin de maman, des lardons et des tracas du job ? Déjà ridé à Kranaya et Elbrus ?
Vous avez toujours caressé le rêve de rider dans un pays qui n’existe pas, un pays imaginaire peut être, un spot ou la poudre et les faces dévoilent leur virginité à vos fats sans se faire prier. Et pis tant qu’à faire si y a moyen de tiser un petit quelqu’chose après la session avec vue sur mer.

Je sens que beaucoup répondraient un truc du genre
« et pis tu veux cent balles, un mars et ma femme tant que t’y es ? »

J’irai pas jusque là, (quoique faut voir) m’enfin sachez que ce tableau un tantinet insolent existe en Abkhazie, petite république du Caucase dont on a parlé aux heures chaudes de la guerre de sécession entre la Georgie et l’Ossétie pendant l’été 2008… Une petite séquence wikipédia s’impose pour situer l’endroit.
Alors, le coton euhh non, l'Abkhazie est un petit « État autoproclamé », situé dans le Caucase sur les bords de la mer Noire, un poil coincé, limite compressé entre la Géorgie et la Russie. Au regard du droit international, ce pays n’existe pas ou seulement pour deux entités qui l’ont reconnu, la Russie et le Nicaragua çà pèse pas lourd dans l’escarre-selle.
Ce petit pays est né de tout un tas d’embrouilles de l’histoire, de civilisations qui remontent à 4000 av Jean Claude, de dominations successives, (romaine, byzantine, soviétique et géorgienne) rien à voir avec le camping des Flots Bleus même si ce dernier est plus connu que l’Abkhazie…



Ci-dessus : Pays d'Abkhazie et Bruno dans un rayon de soleil

Et puis en 1992 l’Abkhazie déclare son indépendance à l’égard de la Géorgie qui la considérait jusqu’alors comme une de ses provinces à part entière. Çà se concrétise forcément par quelques grosses échauffourées entre l’armée Géorgienne et les séparatistes Abkhazes aidés par des paramilitaires de tous poils (Russes, Caucasiens, Cosaques, Ossètes, Tchétchènes).
En juillet 1993 Soukhoumi la capitale est libérée et l’Abkhazie échappe totalement au contrôle de la Géorgie.
La monnaie c’est le rouble russe et la langue russe est couramment parlée.
Il y a neuf villes grosses villes et centres administratifs dont la capitale Soukhoumi et notamment Gagra, première grosse ville située à environ une heure de route de la frontière russe. On sera posés à une encablure après Gagra dans un hôtel en bord de mer noire…
Pas franchement de tourisme sauf depuis une paire d’année.



Du temps des soviets, la côte Abkhaze a toujours été squattée, il y a été construit beaucoup de villas qui font penser à la riviera niçoise notamment de suite après la frontière russe en direction de Gagra. Elles sont accrochées à la colline au milieu des palmiers et dominent la mer noire. Le spot est idéal, on imagine facilement les bonnes bringues qui ont du se faire à la bonne époque tant l’endroit est plus sexy que Sochi.
Depuis la guerre, la plupart d’entre elles ont été abandonnées et sont en ruine, c’est devenu la propriété du gouvernement.
Néanmoins, aujourd’hui l’Akhazie s’investit à fond dans le tourisme dans la perspective des JO d’hiver de 2014 à Sochi.
Facile de décrire cette belle riviera, on oublie presque qu’on est venu pour rider. Depuis le bord de mer, les montagnes ne sont pas omniprésentes, elles sont plus dans l’arrière pays mais elles représentent juste 75% de la superficie du pays. Autant dire que le potentiel de ride est non négligeable, surtout quand le seul moyen d’y rider c’est le bon vieux MI8 version camouflée. Et pour y monter dans le tracteur, il faut l’autorisation de dépose et pour çà il faut l’autorisation du gouvernement.
Le décor est à peu près planté.



Quelques jours avant. Voilà donc que c’est parti pour aller sur les bords de la mer noire dans un pays qui n’existe pas et sent encore la poudre à canon à plein nez, se faire déposer par des gonzes en treillis en haut de montagnes peu connues, si c’est poudre allons z’y. Grenoble autoroute pour Genève, 4heures du mat, passé Annecy, y tombe des patates sur l’autoroute, va falloir que ce soit poudre car je sens qu’on loupe une session à la maison… Passage de douane à Munich, et la tôlière qui sort au photographe un truc du genre que son passeport est un peu juste car la photo d’identité est un peu décollée, mais çà passe. Moscou douane, là pour rentrer va falloir choisir la bonne file, rapport à la photo d’identité, re-stress mais çà passe, bien cool on verra à la frontière Abkhaze. Moscou : grosse caillante c’est encore bien l’hiver, on file à Sochi. L’atterrissage est proche on pose le Tupolev bien sages et bien contents, au travers du hublot on voit les gonzes de l’aéroport qui sont en petit pull louches de soleil tranquille, et le pilote de dire « Hello zisse iz captain spiking, arriving at Sochi airport ans ze external temperature is about 18°… ». Petit rappel ici le climat est considéré comme sub tropical humide. La météo n’est pas bonne pour les trois jours à venir on décide de monter à Krasnaya ce temps et ensuite aller en Abkhazie dés que c’est bon.



Krasnaya
Retour à Krasnaya, en deux ans les abords du village ont bien changés, des cabanes de flics ont poussé de ci de là, les contrôles radars et autres ont l’air fréquents peut être l’effet pré-JO. S’ensuit une session sous la flotte à Krasnaya y fait super chaud…
Le soir, grosse chargeade de vodka au bistro le Tricouni, le lendemain se passera dans le coma.
Comme prévu, le sur lendemain départ pour l’Abkhazie via Sochi çà sent bon, le trip embraye vraiment.
Chek point et frustration
Le van vient nous chercher tôt le matin, le but étant de rider si le temps le permet, en début d’après midi.
A la sortie de Sochi on file vers la frontière Abkhaze. Pas la moitié d’une frontière, beaucoup de monde à pied en bagnole en vélo bref çà brasse dans tous les sens mais on sent bien que c’est pas le moment de faire les malins, fortement déconseillé de prendre des photos.
Notre van arrive à proximité du douanier, un gonzier bien douanier, pour le décrire rien de tel que quelques phrases d’un certain San Antonio :
« C’est une vraie armoire à glace ce gars-là. Il a des épaules comme çà, des biscotos comme ceci et une mâchoire qui ferai baver de jalousie un dogue allemand.
Son front est étroit, mais large comme un lit nuptial. Des cheveux blonds rares croisent dessus sans se multiplier. Il a une profonde cicatrice au sommet du nez, quelque chose comme le souvenir d’un coup de sabre. Le regard est lent, clair, attentif. La fausse brute ! Il possède l’aspect d’un débardeur mais il est certainement plus rusé qu’un revendeur de voitures d’occasion-à-saisir. »



Il commence à faire le tour du van et check les pneus, le chien n’est pas loin et il sort le miroir pour reluquer le dessous du bas de caisse.
On sort du van qui lui va être inspecté ainsi que nos bagages. Il faut maintenant passer le check point et remplir les paperasses seulement pour sortir de Russie.
Et c’est là que çà finit par coincer, le passeport (déjà tout pourri) du photographe n’a pas de visa double entrée, faute de frappe, je sais pas quoi, bref une connerie. Pas moyen de sortir de Russie car sinon il ne pourra pas y re-rentrer. Autant dire que pas de négociation possible. Il me file son objectif et son boîtier de secours pour la copine du guide russe qui débute depuis quelques mois en photo…
De ce fait, le passage de la frontière prend une tournure particulière le pote reste planté de l’autre côté à faire les 100 pas nantie d’une énorme frustration.
De l’autre côté de la guérite russe, le no-man’s land est farci de flics en tout genre qui font semblant de rien faire, de caméras, de haut parleurs accrochés à des poteaux, de gens qui font la queue avec des cabas remplis de marchandises à commercer.
Un clébard se ballade une oreille pendante fraîchement charcutée par un de ses congénères, sans doute une embrouille pour défendre son territoire…




On récupère finalement le van sans d’autre encombres, ceux qui veulent téléphoner encore à maman pour la rassurer s’y collent car après le réseau est plus qu’aléatoire…
On reprend la route il reste environ une heure à rouler pour rejoindre Gagra. Le contraste entre la russie et l’abkhazie est saisissant, derrière la frontière russe c’est pauvre.
Beaucoup de petites maisons-cabanes sont posées là certaines sont en ruines, des maisons Georgienes détruites et non reconstruites depuis la guerre de 1992, tout est resté en l’état, les reconstruire porteraient malheur…
On retrouve la côte de la mer noire. Une bonne route de corniche nous mène à Gagra.

Sur les bords, des cyprès et des eucalyptus énormes, au loin, la mer. On serai pas loin de Nice que ce serai pareil, sauf que les Ferrari et autres chignolles qui vont vite ont été remplacées par des Ladas ou des chariotes à tout transporter.
Parfois des vaches se promènent sur la route, ici une caisse à raté le virage et la dépanneuse est sûrement en panne…
Si sur la rivièra les routes sont décorées à coup de panneaux pub et les ronds points ornés d’une sculpture à plusieurs millier de tunes, ici rien de tout çà, les seuls gros placards sont à l’honneur d’hommes en armes représentés dans des scènes de victoire face à l’envahisseur. En dessous, une auto mitrailleuse rudimentaire.
Si çà se trouve la clef est planquée dans le buisson d’à côté et y a plus qu’à tourner le contact si fallait repartir en guerre…
A Gagra, non loin des villas luxueuses se dressent des barres d’immeubles bien soviet. Autour de Gagra, des champs, des hameaux, des lacs.
Un stop pour faire trois courses et boire un coup et on constate assez vite qu’on est plus vraiment dans un pays slave, les gens sont souriants, accueillants et très spontanés, bref moins froids et physiquement plus latins. Une binouze au troquet vite fait avant de rejoindre l’hôtel.
Les volets de la salle de réception du bistro sont clos mais à l’intérieur c’est la fête, l’anniversaire de l’un des enfants du patron. Une myriade de gamins de 5 à 12 ans enchaînent des danses traditionnelles sur des rythmes plutôt orientaux, joie de vivre encore assez discrète mais tellement fraîche pour un pays frappé par la guerre un an plus tôt…



Le van déroule les km sur les petites routes bordées de cyprès énormes, partout autour des champs des étangs squattés par des chevaux sauvages. Au détour d’un virage se dressent trois gros hôtel dans le plus pur style soviet. 20 étages minimum des vraies tours de contrôle ; à deux pas, la mer noire et des plages de galets noirs qui s’étirent sur des km, côté montagne on voit là bas au loin du blanc mais c’est encore couvert.
L’hôtel est resté dans son jus, celui du confort des années 80 mais dans le goût des pays de l’est rien à dire de toute façon c’est ultra tendance chez les bobos parigos car la mode est un éternel renouvellement.
C’est aussi ce qui fait son charme et n’empêche pas qu’il soit bien confort. Tout est très calme, on y croise une rafale de jeunes cyclistes de l’équipe russe en cuissard et tatanne de footeux qui mangent des pâtes et affûtent sans doute leurs performances en toute tranquillité...
Le bistro est d’une déco bien clinquante vraiment l’impression de changer d’époque, sympa pour enchaîner quelques canons mais au final ce sera pas Krasnaya : extinction des feux et de la pompe à bière à 20h30 et pis c’est tout !!!
Tout tourne au ralenti et s’il y a quarante personnes dans ce mastodonte c’est le bout du monde…
Qui qu’il en soit si la météo ne se trompe pas demain çà ride et c’est le bon jour .
9 h fin de petit dèj faut être prêt. 9h01 le bruit de l’hélico se fait entendre çà sent plutôt bon les vitres de l’hôtel prennent une petite tremblante…

Ici pas besoin de prendre la bagnole pour aller rider suffit juste de marcher 200m pour rejoindre la tondeuse qui vient de se poser, juste là dans le champ d’à côté.
Le mythique MI 8 est posé là, à côté, le camion de ravitaillement, et quatre militaires en uniforme. Devant le cockpit le support de maintien de la mitrailleuse, (l’histoire de dira pas si la sulfateuse n’était pas dans le fond de la machine).
Bref çà sent l’hélico militairement opérationnel.
Check point arva, sac ABS et tout le matos de sécu en cas de problème et la chignolle se met en route.
On décroche en direction des montagnes et après avoir survolé des collines enneigées, une succession de faces gavées de fraîche nous explosent en pleine tronche il y a de tout, mais ce sont souvent des lignes similaires à celles du caucase. Du raide au début puis du bon back country ensuite, le tout se termine souvent par un bowl, idéal pour poser la machine et enchaîner un autre run. Retour à l’hélico ou les hommes en treillis nous attendent, l’équipage est dirigé par qui gère à la radio. C’est un petit gars d’une bonne soixantaine, héros de la résistance abkhaze et tellement heureux de voir les sourires qui s’affichent après un pur run de poudre, bref juste content de nous faire découvrir son pays…

Grosse sensation que de rider ce nouveau spot, une fois le ventilo éteint, c’est le silence, juste le souffle du vent sur la crête pas comme à Krasnaya ou le bruit des autres hélicos ne cesse pas, au fond çà se découvre et on enquille avec vue sur mer…

Une bonne couche de 30 de poudre posée des derniers jours nous pose sur un coussin et se laisse bien déchirer tout au long de la journée.
Mais ici 30 c’est le chiffre à retenir, notamment 30° au-delà desquels les plaques sont nettement plus chatouilleuses, il faut donc rider vite et lire les variations du terrain pour éviter tout problème, d’autant plus quand on ride un spot peu connu.
Ce soir bière de 17 heures à 20h30 et demain on recommence…



Guide pratique

Un trip çà se prépare, cette évidence n’a jamais été aussi vraie lorsque l’on part pour la Russie.
D’entrée de jeu, oubliez de partir comme çà, sans avoir un contact sûr là bas, les locaux ne parlent que très peu anglais, à part billet, passeport et police.
Et puis de votre coté, vous ne piperez pas un mot à l’alphabet cyrillique lu ou parlé.

Le visa

Pour l’obtenir, il faut un correspondant sur place qui doit faire une lettre d’invitation nominative, puis compléter votre dossier de demande de visa avec une attestation d’assurance rapatriement et photos d’identité. Envoyer les justificatifs avec votre passeport à l’ambassade de Russie en France. Ensuite il faut prier pour obtenir le fameux sésame à temps.
Pour aller plus vite, vous pouvez solliciter certains prestataires d’obtention de visa qui connaissent la musique.
Sachez toutefois qu’il est impératif d’avoir un visa double entrée pour aller en Akhazie :
Entrée en Russie depuis l’Europe à l’aller puis re-rentrer en Russie depuis l’Abkhazie, sans ce visa double entrée, le douanier russe à Sochi ne vous laissera pas aller en Abkhazie.

Le vol - Plusieurs options :

- Paris - Moscou, Moscou - Sochi :
Trois compagnies : Air France ou Lufthansa puis Aeroflot.
Pour avoir un prix moindre, envisager une escale à Frankfurt par exemple.
Arrivé à Moscou, prévoir environ trois heures entre les deux vols, car outre mater les filles de l’est, il y a des trucs à faire et surtout gérer le transfert entre le terminal 1 et le terminal 2 de Sherementyevo dont vous avez sûrement lu le récit plus haut.

- Genève - Moscou - Moscou - Sochi
Trois compagnies : Austrian Airlines ou Swiss’air puis Sibéria Airlines.
Depuis Genève.
Arrivée à l’aéroport de Domodedovo pas de changement ni de taxi, ni de transfert à faire tout est plus simple et plus rassurant.

Aller en Abkhazie une fois à Sochi ???

Pour aller rider en Abkhazie :
Le seul opérateur à pouvoir ficeler un tel trip (passage frontière, ébergement, vol dépose guide et ride), c’est yak-yeti.


Liens et remerciements